Crowdfunding et equity crowdfunding : le cadre juridique en France (2026)
Tout savoir sur le régime PSFP, la limite de 5 M€ par projet, les obligations AMF/ACPR, la FICI et les tests investisseurs pour réussir une campagne de financement participatif en France.
Crowdfunding et equity crowdfunding : ce que dit le droit en 2026
Le financement participatif (crowdfunding) recouvre plusieurs modèles : don ou récompense, prêt rémunéré (crowdlending), et souscription de titres (equity crowdfunding : actions, obligations, autres instruments). En France, le droit a été profondément harmonisé par le Règlement (UE) 2020/1503 sur les prestataires de services de financement participatif (PSFP), applicable depuis novembre 2021, avec fin de la période transitoire au 10 novembre 2023. Toute plateforme active dans l’Union doit désormais être agréée en tant que PSFP.
Historiquement, la France avait créé en 2014 des statuts nationaux (CIP/IFP) par l’ordonnance n° 2014-559 relative au financement participatif. Ces statuts ont été remplacés par le régime européen. En pratique, l’Autorité des marchés financiers (AMF) autorise et supervise les PSFP pour les offres de titres, et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) intervient pour les aspects « prêts » et services de paiement. L’AMF centralise les informations pratiques pour exercer en PSFP (guide PSFP AMF).
Le socle européen (ECSP) et ses grands principes
Le Règlement (UE) 2020/1503 (dit ECSP) définit un cadre commun à tous les États membres : conditions d’agrément et de gouvernance des plateformes, obligations d’information, catégorisation des investisseurs, et dispositifs de gestion des risques. L’AMF propose une synthèse opérationnelle utile pour les praticiens (nouveau cadre du crowdfunding).
Champ d’application
- Prêts (rémunérés ou non) et placement de titres (actions, obligations, autres instruments admis à des fins de financement participatif), y compris des projets immobiliers d’entreprise.
- Exclusion des crédits à la consommation et des produits réservés aux services d’investissement réglementés hors périmètre ECSP.
Plafond par projet
Le montant agrégé collecté pour un même projet ne peut excéder 5 000 000 € sur une période de 12 mois, tous canaux confondus (plafond ECSP, art. 1 et 2). Au‑delà, le régime du prospectus s’applique selon le droit des marchés de capitaux. L’AMF recommande d’afficher clairement ce plafond dans les documents d’offre (AMF – cadre crowdfunding).
PSFP : agrément, gouvernance et conflits d’intérêts
- Agrément PSFP obligatoire et inscription au registre public AMF. Vérifiez systématiquement le statut de la plateforme sur le site de l’AMF (AMF).
- Politiques de sélection des projets, de gestion des réclamations et de continuité d’activité formalisées.
- Règles strictes sur les conflits d’intérêts : transparence sur la rémunération, restrictions d’investissement des dirigeants/salariés dans les projets listés.
Protection des investisseurs
- Classification « investisseur non sophistiqué » vs « sophistiqué » avec tests de connaissances et de capacité à supporter des pertes.
- Période de réflexion précontractuelle de 4 jours calendaires pour les investisseurs non sophistiqués après manifestation d’intérêt.
- Fiche d’informations clés sur l’investissement (FICI, Key Investment Information Sheet) standardisée pour chaque offre, présentant risques, coûts, scénarios, défauts historiques de la plateforme, etc. (Règlement 2020/1503).
- Avertissements renforcés si l’engagement d’un non sophistiqué dépasse certains seuils relatifs (par projet).
Flux d’argent et services de paiement
Les PSFP ne peuvent pas détenir de fonds clients sauf autorisation adéquate. Ils recourent en pratique à un prestataire de services de paiement agréé pour l’encaissement et la ségrégation des fonds. L’ACPR supervise ces aspects prudentiels (AMF – PSFP).
Marché secondaire et SPV
- Tableau d’affichage (bulletin board) autorisé pour faciliter les échanges d’informations entre investisseurs, sans internalisation de l’exécution des ordres ni formation de marché.
- Véhicules ad hoc (SPV) possibles dans des cas limités et encadrés par l’ECSP (unicité d’actif sous‑jacent, transparence des coûts, pas d’empilement de frais).
Conséquences pratiques pour les émetteurs (startups et PME)
Avant de lancer une campagne
- Vérifiez l’agrément PSFP de la plateforme choisie sur l’AMF et assurez‑vous de la conformité de la documentation (FICI, risques, comptes, gouvernance).
- Structurez juridiquement l’opération : augmentation de capital, émission d’obligations, ou instruments assimilés. Pour une émission d’actions, revoyez la procédure d’augmentation de capital en SAS/SARL et anticipez les clauses statutaires.
- Cartographiez les droits des investisseurs : information, liquidité, gouvernance. Certaines clauses d’investisseurs professionnels (ex. liquidation préférentielle) ne sont pas toujours adaptées à une foule d’actionnaires dispersés ; voir les enjeux d’une clause de liquidation préférentielle.
- Préparez votre due diligence : états financiers, titres de propriété intellectuelle, conformité RGPD, contrats clés, cap table. Notre guide pratique sur la due diligence juridique et la data room vous aidera à structurer les preuves.
Documents obligatoires
- FICI claire, équilibrée et spécifique au projet (pas de copier‑coller marketing) ; publication sur la page de l’offre avec les avertissements requis (AMF – nouveau cadre).
- États financiers (comptes récents), description du modèle économique, des risques majeurs, de l’utilisation des fonds et du calendrier.
- Publicité : contenu « clair, exact et non trompeur » ; cohérence stricte avec la FICI et les mentions légales (ECSP).
Traitement fiscal (grandes lignes, à vérifier au cas par cas)
- Les intérêts de prêts perçus par les particuliers sont en principe soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30% (dont prélèvements sociaux). Des spécificités peuvent s’appliquer selon la situation de l’investisseur.
- La souscription au capital (equity) peut, sous conditions, être éligible à des dispositifs d’incitation (ex. PEA‑PME, réduction d’impôt à l’entrée), avec des règles d’éligibilité strictes et évolutives. Référez‑vous aux fiches pratiques officielles (Service‑Public Pro et Bpifrance).
Conseil: si vous hésitez entre une campagne equity et un bridge via instruments convertibles, comparez avec les convertible notes et BSA‑AIR pour optimiser rapidité et coûts.
Obligations côté plateforme : conformité opérationnelle
- KYC/LCB‑FT des porteurs de projets et des investisseurs (obligations de vigilance et de déclaration). Les données traitées sont des données personnelles et doivent respecter le RGPD (CNIL).
- Publication des taux de défaut historiques et méthodologies de scoring pour les prêts.
- Gestion des défauts et procédures de recouvrement décrites dans la FICI et sur le site.
- Utilisation d’un PSP pour encaisser et séparer les fonds des clients (sauf agrément propre).
- Test d’adéquation annuel et simulation de pertes pour les non sophistiqués ; mécanisme d’opt‑in avec avertissements renforcés au‑delà de seuils par projet.
Risques juridiques et sanctions
Proposer des services de crowdfunding sans agrément PSFP, publier des informations trompeuses ou dépasser le plafond de 5 M€ expose à des mesures de police administrative et à des sanctions pécuniaires par l’AMF/ACPR, sans préjudice d’actions civiles. Les guides de l’AMF détaillent les contrôles et bonnes pratiques de conformité (AMF – cadre crowdfunding).
Check‑list « prêt à lever » pour une campagne réussie
- Confirmer l’agrément PSFP et le périmètre des services de la plateforme (AMF).
- Valider la structure juridique de l’opération (capital/obligations) et les délégations internes.
- Rédiger une FICI robuste, avec analyse des risques, use‑of‑proceeds et calendrier.
- Préparer une data room et une FAQ investisseurs cohérentes avec la FICI.
- Sécuriser les flux financiers (PSP, ségrégation) et les mentions publicitaires.
- Suivre le plafond de 5 M€ en cumul 12 mois et documenter les montants levés sur d’autres canaux.
Questions fréquentes
Qui délivre l’agrément des plateformes ?
L’AMF délivre l’agrément PSFP pour la France. Les aspects de services de paiement/crédit sont supervisés avec l’ACPR. Référez‑vous aux pages AMF dédiées (PSFP).
Quelle est la limite de collecte ?
5 M€ par projet sur 12 mois (toutes plateformes et canaux confondus) au titre du Règlement (UE) 2020/1503. Au‑delà, entre en jeu le régime du prospectus et d’autres obligations européennes.
Qu’est‑ce que la FICI ?
La fiche d’informations clés sur l’investissement présente de façon standardisée les caractéristiques du projet, coûts et risques. Elle est obligatoire pour chaque offre et doit être validée par la plateforme conformément à l’ECSP.
Y a‑t‑il une période de rétractation ?
Les investisseurs non sophistiqués bénéficient d’une période de réflexion précontractuelle de 4 jours calendaires après leur manifestation d’intérêt.
Comment articuler crowdfunding et autres levées ?
Le crowdfunding peut compléter un tour classique. Anticipez la gouvernance post‑levée et la documentation (pacte d’associés, cap table). Notre guide sur les étapes juridiques d’une levée seed détaille la feuille de route.
Ressources officielles utiles
Ressources connexes
FAQ
Quelle autorité contrôle les plateformes de crowdfunding en France ?
L’AMF agrée et supervise les PSFP pour les offres de titres, en coordination avec l’ACPR pour les aspects prêts et services de paiement.
Quel est le plafond de levée par projet ?
5 000 000 € sur 12 mois, tous canaux confondus, conformément au Règlement (UE) 2020/1503.
Qu’est-ce que la FICI ?
La Fiche d’Informations Clés sur l’Investissement. Un document standardisé, obligatoire par offre, qui présente risques, coûts, scénarios et données du projet.
Les particuliers ont-ils un droit de réflexion ?
Oui, les investisseurs non sophistiqués disposent d’une période de réflexion de 4 jours calendaires après leur manifestation d’intérêt.
Une plateforme peut-elle garder l’argent des investisseurs ?
Non, sauf agrément adéquat. En pratique, les PSFP utilisent un prestataire de services de paiement pour encaisser et séparer les fonds.
Sources utilisées
- Ordonnance n° 2014-559 du 30 mai 2014 relative au financement participatif - Légifrance
- Règlement (UE) 2020/1503 du Parlement européen et du Conseil du 7 octobre 2020 relatif aux prestataires de services de…
- Exercer une activité de PSFP en France - AMF
- S'informer sur le nouveau cadre applicable au financement participatif - AMF