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Levée de Fonds et Financement6 min

Garantie d’actif et de passif en levée de fonds : guide pratique 2026

Comment négocier et sécuriser une garantie d’actif et de passif (GAP) lors d’une levée de fonds en France : périmètre, durées, plafonds, séquestre, assurances, bonnes pratiques.

Levée de Fonds et FinancementStartupsContrats
ParJimmy HababouAvocat au barreau de ParisLinkedIn
Signature d’un pacte d’associés avec clauses de garantie d’actif et de passif lors d’une levée de fonds en startup

GAP en levée de fonds : définition opérationnelle

En levée de fonds, la garantie d’actif et de passif (GAP) est un dispositif contractuel par lequel les fondateurs (et parfois la société) déclarent l’état exact des actifs et passifs antérieurs à l’investissement et s’engagent à indemniser les investisseurs en cas d’écart découvert post-closing. Il ne s’agit pas d’une obligation légale, mais d’une clause librement négociée relevant du droit commun des contrats (Code civil, art. 1101 et s., Legifrance).

La GAP en venture diffère de celle des M&A : elle cible des risques précis (capitalisation, propriété intellectuelle, conformité fiscale et sociale, litiges, contrats clés), avec des plafonds et durées plus courts, et souvent une « connaissance » déclarée par les fondateurs. Elle cohabite avec les mécanismes économiques de la levée (valorisation, préférence de liquidation, clauses anti-dilution, etc.).

Attention aux confusions : la GAP n’a aucun lien avec les garanties publiques (ex. garantie de l’État sur les prêts PGE issue de l’arrêté du 23 mars 2020) ni avec les obligations garanties (Directive (UE) 2019/2162). Elle n’est pas non plus une garantie de dépôts (FGDR).

Pourquoi les investisseurs la demandent ?

  • Asymétrie d’information : même avec une due diligence juridique approfondie et une data room structurée, certains risques préexistants peuvent émerger après l’investissement.
  • Protection contre la surévaluation : un actif clé (brevets, contrats SaaS récurrents, autorisations) surévalué peut fausser la valorisation.
  • Encadrement des risques fiscaux et sociaux : cotisations, TVA, CIR/CII, stock-options/BSPCE mal traités, etc.
  • Alignement d’intérêts : la GAP responsabilise les fondateurs sans bloquer l’opération si elle est bien calibrée.

Sur le plan réglementaire, la levée s’inscrit dans un cadre privé sans prospectus AMF, mais les bonnes pratiques d’information des investisseurs et de gouvernance restent attendues (AMF; guides et doctrines). Les étapes sociétaires (AGE, augmentation de capital) répondent au Code de commerce et aux formalités décrites par Service Public Pro. Pour des repères opérationnels, Bpifrance agrège des contenus utiles sur le financement des startups (Bpifrance).

Où loger la GAP dans la documentation ?

En pratique, la GAP figure dans le protocole d’investissement (ou SPA en M&A), est rappelée dans le pacte d’associés et peut irriguer les statuts pour certains points « fondamentaux » (capitalisation, droits attachés). Les paramètres de la GAP sont généralement esquissés dès la term sheet pour éviter tout effet de surprise au signing/closing.

Clauses clés pour structurer une GAP équilibrée

1) Déclarations et garanties (R&W)

  • Fondamentales : existence de la société, capitalisation/cap table, pouvoirs, titres émis, absence d’options cachées, propriété des actifs stratégiques (notamment PI).
  • Opérationnelles : conformité réglementaire, fiscalité et social, contrats matériels, litiges, données personnelles (RGPD), propriété intellectuelle et chaîne des droits PI.
  • Qualificatifs : « meilleure connaissance » raisonnable des fondateurs, seuils de matérialité, et le cas échéant « materiality scrape » (les seuils de matérialité ne limitent pas l’indemnisation, seulement l’information).
  • Lettre de disclosure : exceptions listées avec renvoi précis à la data room (référencement horodaté et immuable).

2) Seuils, franchise, plafonds

  • De minimis : aucun sinistre < X € n’est réclamable individuellement.
  • Panier (basket) : l’indemnisation ne démarre que si l’agrégat des sinistres dépasse Y € (franchise simple) ou s’applique à 100 % au-delà du seuil (franchise absolue).
  • Plafonds : cap global (souvent un pourcentage des fonds levés ou un multiple de salaire pour les fondateurs) et caps spécifiques (fiscal, social, PI, titres).

3) Durée de survie

  • Standard : 12 à 24 mois pour la plupart des R&W opérationnelles.
  • Spécifiques : fiscal/social alignés sur la prescription applicable (souvent 3 ans), PI et R&W « fondamentales » pouvant survivre plus longtemps, jusqu’au délai légal de prescription (en commercial, en pratique souvent 5 ans ; voir repères généraux sur Justice.fr).

4) Calcul de la perte et exclusions usuelles

  • Perte nette : déduction assurances, récupérations, économies d’impôt.
  • Pas de double indemnisation et obligation de mitigation.
  • Carve-outs : risques connus et divulgués, changements de loi post-closing, plans d’affaires non garantis.

5) Gouvernance des réclamations

  • Notification : forme, destinataires, délai, informations minimales.
  • Conduct of claims : qui pilote la défense, droit de participation des fondateurs, limites de transaction sans consentement.
  • Compensation : modalités de paiement, délais, intérêts, possibilité de compensation contractuelle avec des sommes dues par ailleurs.

Astuce négociation : pensez à aligner cap/franchise et durées avec les mécanismes de limitation de responsabilité déjà admis par les parties. Sur la logique des plafonds et exclusions, notre guide sur la clause de limitation de responsabilité fournit une grille utile.

Garantir l’exécution : sécuriser la GAP

  • Séquestre (escrow) : mise en réserve d’une fraction des fonds à la signature, libérée par paliers. En levée primaire, on privilégie des séquestres modestes et ciblés (risques identifiés), pour ne pas asphyxier le cash de la société.
  • Caution bancaire ou garantie autonome émise au bénéfice des investisseurs.
  • Nantissement d’actions des fondateurs, avec covenants de maintien.
  • Assurance W&I : plus courante en M&A, possible sur séries avancées pour couvrir certains risques résiduels (coût/efficacité à évaluer).

Attention à la compatibilité avec les obligations sociétaires (ex. libération des apports, augmentation de capital) régies par le Code de commerce et les formalités Service Public Pro.

Processus d’activation et calcul d’indemnisation

  1. Notification circonstanciée dans le délai de survie, avec pièces justificatives.
  2. Instruction contradictoire : accès raisonnable à l’information, devoir de coopération.
  3. Défense et règlement : application des de minimis/paniers/caps, calcul de la perte nette, calendrier de paiement (ou prélèvement sur séquestre).

Bon réflexe : articuler la GAP avec les autres engagements du pacte (gouvernance, information, budgets) pour prévenir le risque plutôt que l’indemniser.

Checklist de négociation (investisseurs et fondateurs)

  • Due diligence : cartographiez les risques juridique/fiscal/social/comptable et ajustez cap/durée en conséquence. Voir notre guide préparer sa due diligence.
  • Term sheet : cadre synthétique des R&W, des plafonds, des durées et de la garantie de la garantie (séquestre/caution). Voir négocier sa term sheet.
  • Lettre de disclosure : renvois précis à la data room, versionnées et horodatées.
  • Durées : 12–24 mois (standard), fiscal/social calés sur la prescription, fondamentales plus longues (voir repères Justice.fr).
  • Plafonds : cap global + caps spécifiques, franchise et de minimis cohérents avec la taille de la ronde.
  • Sécurité : séquestre proportionné, caution ou nantissement ciblé.
  • Formalisme : respect des règles d’AGE et d’augmentation de capital (Code de commerce; Service Public Pro). Des repères pratiques sont disponibles sur Bpifrance et l’AMF (bonnes pratiques d’information).

Cas pratiques et points de vigilance

  • Cap table inexacte : si une promesse d’actions oubliée génère une dilution post-closing, la GAP peut couvrir la perte économique (par ex. rachat compensatoire ou indemnité), sous réserve du cap applicable.
  • CIR/CII remis en cause : ajuster la durée et prévoir un cap fiscal spécifique, avec obligation d’informer sans délai l’investisseur en cas de contrôle.
  • Contrats SaaS clés résiliables : exclure les hypothèses déjà divulguées en disclosure, sinon la perte de MRR peut être réclamée si la résiliation était contraire aux déclarations données.
  • RGPD/PI : si des contributions de freelances n’ont pas été cédées correctement, la GAP PI et la chaîne des droits évitent une invalidation IP coûteuse.

Évitez les clauses floues (périmètres vagues, durées illimitées, absence de panier) : l’incertitude accroît le risque contentieux et renchérit la levée. En cas de litige, la charge de la preuve et les délais de prescription seront appréciés à l’aune du droit commun (voir Legifrance et Justice.fr).

FAQ

La GAP est-elle obligatoire ? Non : c’est une clause contractuelle négociée selon le droit commun des contrats (Legifrance).

Qui garantit ? Le plus souvent les fondateurs (déclarations personnelles), parfois la société pour des points « fondamentaux ».

Quelles durées usuelles ? 12–24 mois (standard), fiscal/social alignés sur la prescription, fondamentales plus longues selon le deal.

Comment sécuriser l’exécution ? Séquestre proportionné, caution/garantie autonome, nantissement d’actions, voire assurance W&I.

Où la prévoir ? Protocole d’investissement, pacte d’associés, avec paramètres esquissés dans la term sheet.

Ressources connexes

FAQ

La garantie d’actif et de passif est-elle obligatoire en levée de fonds ?

Non. C’est une garantie purement contractuelle, négociée selon le droit commun des contrats (Code civil, art. 1101 et s., Legifrance). Sa présence et sa portée dépendent du deal.

Qui accorde la GAP aux investisseurs ?

Principalement les fondateurs, via des déclarations et garanties. La société peut aussi garantir certains points « fondamentaux » (ex. capitalisation), avec des plafonds distincts.

Quelles durées et plafonds pratiques ?

R&W opérationnelles : 12–24 mois ; fiscal/social : alignés sur la prescription (souvent 3 ans) ; fondamentales : plus longues. Caps globaux et spécifiques sont négociés (avec de minimis et panier).

Comment sécuriser l’exécution de la GAP ?

Par un séquestre (escrow) proportionné, une caution/garantie autonome, un nantissement d’actions des fondateurs, et/ou une assurance W&I selon la taille du tour.

Où intégrer la GAP dans la documentation ?

Dans le protocole d’investissement et le pacte d’associés. Les grands paramètres (durées, caps, séquestre) sont idéalement posés dès la term sheet.

Sources utilisées