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Création et Structuration de Startup6 min

Comment rédiger des statuts de SAS adaptés à une startup

Guide pratique 2026 pour rédiger des statuts de SAS pro‑startup : mentions légales, clauses stratégiques (variabilité, agrément, exclusion, préférences), gouvernance agile et check-list.

Création de startupSASGouvernance
ParJimmy HababouAvocat au barreau de ParisLinkedIn
Fondateurs révisant les statuts d’une SAS dans un bureau de startup moderne

Comment rédiger des statuts de SAS adaptés à une startup

La SAS est la forme la plus souple pour une startup en France, à condition de transformer cette souplesse en avantages concrets dans les statuts. Le Code de commerce (art. L.227-1 et s.) laisse une large liberté d’organisation, à charge pour les fondateurs d’y inscrire les règles essentielles et les garde-fous adaptés à l’hyper‑croissance (Legifrance). À l’inverse, toute omission d’une mention obligatoire peut bloquer l’immatriculation au RCS.

Vous trouverez des trames officielles utiles comme le modèle de statuts de SAS de Service‑Public et le modèle gratuit proposé par Bpifrance Création, à adapter finement à votre projet.

1) Mentions obligatoires des statuts de SAS

Au regard des articles L.227-1 à L.227-20 du Code de commerce, et de la pratique, vos statuts doivent a minima préciser (LegalPlace – Mentions obligatoires; Legalstart – SAS):

  • Dénomination sociale et forme (SAS), avec vérification de disponibilité et stratégie de marque à l’INPI.
  • Objet social précis mais suffisamment large pour couvrir vos évolutions (ex. logiciel, conseil, formation, distribution, R&D, données).
  • Siège social et durée (jusqu’à 99 ans).
  • Capital social (montant libre, dès 1 €), nature des apports (numéraire, nature, industrie), modalités de libération.
  • Répartition des actions (y compris, le cas échéant, actions de préférence) et identité des premiers associés.
  • Organisation de la direction: nomination/révocation du président (obligatoire) et, si besoin, DG/comités.
  • Modalités des décisions collectives (convocation, quorum/majorité, visio/écrit).
  • Exercice social et date de clôture.

Objet social: large et évolutif

Rédigez un objet couvrant vos activités actuelles et futures (pivots, international, exploitation de données, IA). Un objet trop étroit impose une modification statutaire coûteuse au premier pivot. Appuyez-vous sur la trame du modèle Service‑Public et complétez par les segments produits/services visés.

Capital, apports et libération

  • Numéraire: libérez au moins 50 % à la constitution; le solde peut être libéré dans les 5 ans (référence aux règles applicables par renvoi en SAS; voir Legalstart – SAS).
  • Apports en nature: commissaire aux apports obligatoire sauf si aucun apport en nature n’excède 30 000 € et si leur total n’excède pas 50 % du capital (Legalstart).
  • Apports en industrie: ne concourent pas au capital mais ouvrent des droits définis aux statuts (vote/financier), à encadrer avec précision.

Gouvernance et décisions

La SAS doit avoir un président. Les statuts fixent librement les pouvoirs, les délégations (ex. signature bancaire > seuil, embauche), et les modalités de décisions collectives (AG, consultation écrite, visio). Certaines décisions exigent par la loi l’unanimité, notamment l’augmentation des engagements des associés (C. civ., art. 1836 – Legifrance). Prévoyez un tableau de décisions: organe compétent, quorum/majorités, délais de convocation.

2) Clauses pro‑startup à forte valeur

Clause de variabilité du capital

Elle permet des entrées/sorties d’associés dans une fourchette (plancher/plafond) sans modifier les statuts. Bonnes pratiques:

  • Plancher au moins égal à 10 % du capital souscrit lors de l’adoption de la clause (LegalPlace).
  • Plafond élevé pour absorber plusieurs tours (seed à série B) sans refonte.
  • Procédures de souscription/rachat clairement écrites (délais, prix, organe compétent).

Cessions d’actions: agrément, préemption, inaliénabilité

Pour maîtriser l’actionnariat, combinez:

  • Agrément: obligatoire pour cession à des tiers; précisez l’organe, le délai et les critères.
  • Préemption: droit prioritaire d’achat par les associés/ex‑nihilo.
  • Inaliénabilité: période d’inaliénabilité (12–36 mois) pour les fondateurs, avec exceptions (levée, décès, offre IPO).

Exclusion d’un associé

La SAS peut prévoir d’obliger un associé à céder ses actions (exclusion), à condition d’encadrer précisément les motifs et la procédure contradictoire, sous peine de nullité. Base légale: C. com., art. L.227‑16 (Legifrance).

Actions de préférence et droits financiers

Dès la constitution ou ultérieurement, créez des actions de préférence pour ajuster droits de vote et/ou financiers (dividendes prioritaires, droits renforcés d’information). En anticipation des tours, vous pourrez y loger des mécanismes de protection type liquidation préférentielle et anti‑dilution. Pour la logique économique, voir notre décryptage de la liquidation préférentielle.

Gouvernance agile et exécution

  • Décisions par consultation écrite/signature électronique, visio autorisée, convocations par email.
  • Délégations ciblées au président/DG (embauches > seuil, dettes > seuil, signature de term sheet), avec reporting périodique.
  • Comités (audit, stratégie, R&D) à rôle consultatif pour sécuriser la rapidité d’exécution.

Vesting fondateurs et clauses leaver

Le vesting (acquisition progressive des actions) et les clauses good/bad leaver sont souvent placés dans un pacte d’associés pour plus de confidentialité, avec un minimum d’ancrage statutaire (inaliénabilité/exclusion). Pour distinguer statuts et pacte, consultez notre guide sur les clauses essentielles du pacte d’associés.

3) Anticiper la levée de fonds et l’equity salarié

  • Augmentations de capital: prévoyez des délégations de compétence et de pouvoir à l’organe désigné par les statuts pour émettre rapidement (actions, BSA, actions de préférence), dans les limites légales (renvoi aux règles applicables aux SA par la SAS; Legifrance).
  • BSPCE/AGA: éligibilité SAS, décisions des associés et registres nécessaires; anticipez au moins un article statutaire identifiant l’organe compétent et les modalités de délégation (références pratiques: Bpifrance Création).
  • Instruments relais (BSA‑AIR/SAFE): encadrez les délégations pour émettre rapidement lorsqu’un tour se déclenche.

Pour l’orchestration globale d’un tour, lisez nos étapes juridiques d’une levée de fonds en seed et notre guide pour comprendre et négocier une term sheet.

4) Procédure: du projet de statuts à l’immatriculation

  1. Rédiger et relire les statuts (fondateurs + conseil). Un modèle peut servir de base (Service‑Public; Bpifrance Création).
  2. Ouvrir un compte de dépôt et verser au moins 50 % des apports en numéraire; obtenir l’attestation de dépôt (Legalstart – SAS).
  3. Signer les statuts et nommer le président (acte séparé ou clause statutaire).
  4. Publier l’avis de constitution dans un JAL, puis déposer le dossier d’immatriculation via le guichet unique (Service‑Public Pro). Le greffe procède ensuite à la publication au BODACC (Justice.fr).
  5. Recevoir le Kbis et basculer les fonds sur le compte courant d’exploitation.

Avant de figer la dénomination, recherchez aussi la disponibilité de la marque et des noms de domaine (pré‑diagnostic à l’INPI).

5) Erreurs fréquentes et parades

  • Objet trop étroit: écrivez un objet large avec segments d’activités et technologies connexes.
  • Pas de clause d’agrément/préemption: risque d’entrées non maîtrisées. Inscrivez‑les en statuts.
  • Variabilité absente: chaque mini‑tour impose une AGE et des frais. Ajoutez un plancher/plafond réalistes.
  • Gouvernance floue: détecteurs «> seuil» + délégations précises + procès‑verbaux normalisés.
  • Contradictions statuts/pacte: faites un «diff» juridique avant chaque signature; l’emport statutaire prime vis‑à‑vis des tiers.
  • RGPD dans les statuts: la conformité données relève de politiques internes, pas des statuts. Voir CNIL.

6) Architecture recommandée des statuts (plan type)

  • Dénomination – Forme – Objet – Siège – Durée – Exercice social
  • Capital (fixe/variable) – Apports (numéraire/nature/industrie) – Libération
  • Actions (catégories, préférence, droits de vote/financiers) – Titres nominatifs
  • Gouvernance (président, DG, comités) – Délégations – Conflits d’intérêts
  • Décisions collectives (convocation, quorum, majorité, écrit/visio)
  • Cessions (agrément, préemption, inaliénabilité, promesses) – Exclusion
  • Comptes – Affectation du résultat – Contrôle
  • Divers (confidentialité, frais, clause de variabilité, loi applicable)

7) Check‑list opérationnelle de rédaction

  • Vérifier toutes les mentions obligatoires (L.227‑1 et s. C. com. – Legifrance).
  • Objet social: inclure activités actuelles + pivots probables (SaaS, API, IA, data, consulting, hardware).
  • Capital: fixer un plancher/plafond de variabilité; définir la méthode de valorisation en cas de rachat.
  • Gouvernance: délégations écrites, seuils de signature, consultation écrite et visio autorisées.
  • Actions de préférence: préciser droits financiers (dividende prioritaire, liquidation) et de vote.
  • Transferts: agrément, préemption, inaliénabilité, exclusion (procédure contradictoire).
  • Anticiper BSPCE/augmentations: organe compétent, délégations, registres.
  • Relire avec un avocat; comparer avec une trame Service‑Public et Bpifrance.

FAQ express

Quel est le minimum de capital pour une SAS ?

Pas de minimum légal: 1 €. Pour une startup, choisissez un montant crédible (trésorerie, image bancaire) et ajoutez une clause de variabilité.

Faut‑il mettre les BSPCE dans les statuts ?

Pas nécessairement. Prévoyez plutôt des délégations d’augmentation et les organes compétents; l’émission se décide par une résolution des associés.

Peut‑on exclure un associé en SAS ?

Oui si les statuts le prévoient clairement (motifs/procédure). Base: C. com., art. L.227‑16 (Legifrance).

Pour cadrer le choix même de la forme, comparez les régimes dans notre analyse SAS ou SARL pour une startup, et suivez l’ensemble des formalités dans les étapes juridiques pour créer sa startup.

Ressources connexes

FAQ

Quelles sont les mentions obligatoires dans des statuts de SAS ?

Dénomination, forme SAS, objet social, siège, durée, capital et apports, répartition des actions/associés, organisation de la direction (président), décisions collectives, exercice social.

La variabilité du capital est‑elle recommandée pour une startup ?

Oui. Elle facilite les entrées/sorties et mini‑tours sans AGE. Fixez un plancher (≥ 10 % du capital initial) et un plafond élevé, avec procédures claires de souscription/rachat.

Doit‑on nommer un commissaire aux apports en SAS ?

Uniquement s’il y a des apports en nature excédant 30 000 € chacun ou si leur total dépasse 50 % du capital. Sinon, la nomination peut être écartée.

Peut‑on prévoir l’exclusion d’un associé en SAS ?

Oui, si les statuts l’encadrent précisément (motifs objectifs, procédure contradictoire, prix/évaluation), conformément à l’article L.227‑16 du Code de commerce.

Faut‑il inscrire les BSPCE dans les statuts ?

Pas obligatoirement. Prévoyez des délégations d’augmentation et l’organe compétent; l’émission des BSPCE est décidée par résolution des associés et consignée au registre.

Sources utilisées